Tous les matins, quand je me lève ils sont là, en amis patients qui attendent sagement leur heure. Repérés pour un chapitre, une page ou une phrase, ils resteront encore un peu à portée de main. Ce sont les livres dont j’ai besoin pour la rédaction de la revue de littérature de ma thèse.
La revue de littérature, ou état de l’art, ou état de la recherche, c’est un grand nom pour ce que je vais essayer de faire le mieux possible en 50 pages : présenter ce que l’on sait déjà à propos de mon sujet de thèse, les parcours de vie des directeurs et directrices d’Ehpad.
Ces livres-là, je les ai délogés de quatre bibliothèques universitaires ou de mes étagères. Leur mission : qu’ils m’aident collectivement à y voir clair sur une facette ou une autre de mon sujet. Alors chacun a un rôle : me parler de la fonction de direction, de l’histoire des établissements pour personnes âgées, de la sociologie des trajectoires professionnelles, des parcours sociaux. Parfois, je leur demande de me montrer où pourrait me conduire une notion : les aspirations, les épreuves, la mort, le travail.
Certains livres ont été écrits par des stars de la recherche, d’autres par des professionnels qui ont voulu témoigner de ce qu’ils ou elles vivaient. Plusieurs ont un pied de chaque côté. Certains auteurs ont rejoint le ciel des penseurs, même ceux qui n’y croyaient pas. Mais ils sont encore bien là, prêts au dialogue avec moi.
Certains livres m’ont amusée, par leur écriture un peu surannée. D’autres m’ont tellement surprise que je parlais toute seule dans mon bureau ! Plusieurs ne se sont pas laissés prendre aisément et m’ont beaucoup fait froncer les sourcils.
Et puis il y a ceux qui ont ouvert une fenêtre que je ne voyais pas encore. C’est le cas des livres des historiens et historiennes. A croire qu’ils s’étaient donné le mot. Un guet-apens ! Alors j’ai chamboulé mon plan pour leur faire une place.
J’ai mes chouchous, je ne dirai pas lesquels pour ne pas les faire rougir. Mais tous sont devenus des amis, de ceux qui savent être là pour toujours, même si vous les oubliez, même quand vous n’avez plus besoin d’eux.
#LesCoulissesDeLaThèse