Socialement, à quoi ressemble de faire une thèse autour des Ehpad, en contrat doctoral, à 56 ans, après 32 ans de vie professionnelle ? A quoi ressemble d’être entre deux âges, juste à mi-chemin entre mes jeunes collègues doctorantes et doctorants et les personnes en Ehpad dont l’âge moyen est de 86 ans ? Dans ce texte, je vais d’abord parler de ce qui me semble me séparer de mes jeunes collègues et de ce qui me semble me relier à elles et eux. La prochaine fois, je regarderai de l’autre côté du pont.
Ce qui nous sépare
J’ai deux enfants plus âgés que les doctorantes et doctorants. Je viens d’un monde où les femmes servaient les hommes à table. J’ai des cheveux blancs et je les aime bien. Dans les regards de mes jeunes collègues, je vois que je suis parfois classée dans les boomers alors que pour moi les boomers c’était mes parents ! Si je ne dors pas à 23h la journée du lendemain sera une galère, même chose si je me lève après 8h. Pour certains d’entre eux je crois que c’est l’inverse ! L’an dernier, j’avais des bouffées de chaleur de périménopause quand eux et elles étaient frais comme des roses en pleine canicule. J’ai du mal avec l’écriture inclusive. Toutes et tous parlent, pensent, courent plus vite que moi. Je dis « c’est chouette » mais heureusement Maxime le dit aussi.
Ce qui nous relie
Le temps est « Le » problème pour nous tous. Pour moi, il est peut-être le meilleur ennemi. Beaucoup d’occasions se mettent à ressembler à des dernières occasions, à des « c’est maintenant ou jamais ». L’épreuve, toute relative, que représente le fait de me confronter à mes ignorances dans le cadre de cette thèse, se transforme alors en une possibilité joyeuse qui m’est accordée de casser encore quelques plafonds de verre intérieurs.
Ce qui nous sépare mais nous relie
Avoir vécu et vivre encore un peu le cheminement de mes grands enfants de trente ans me permet d’un peu mieux entrevoir ce qui habite mes jeunes collègues. Avoir, il y a plus ou moins longtemps, franchi moi-même leurs obstacles, avoir dû prendre des décisions difficiles, avoir fait plein d’erreurs, m’être posé mille questions dont beaucoup sans réponses et être bien contente de ne pas avoir à repasser par tout cela, cela me rend peut-être plus perméable à ce qui peut les traverser.
Ils et elles me donnent à voir leurs contremodèles, leurs expériences alternatives, ou même alternatives à l’alternatif. Leurs convictions et le monde qu’ils inventent me préserve de croire que les jeunes sont cons.
Ce qui nous relie alors, mes collègues et moi, c’est que nous sommes toutes et tous reliés sur ce chemin d’une socialisation toujours inachevée, jamais « réussie » ou « ratée ». Et nous avançons ensemble.